BIBWA II : Un échec prévisible?, Tribune de Jacques Taty Mwakupemba

Par Jacques Taty

C’est dans un contexte de méfiance et de doute que s’ouvre un nouveau round de « négociation » entre le banc syndical et le gouvernement, « BIBWA II ». Si la majorité des syndicats œuvrant dans le sous secteur de l’éducation en République Démocratique du Congo se retrouvent dans ce luxueux complexe de la périphérie de la capitale congolaise pour évaluer de la mise en œuvre du protocole d’accord signé le 18 décembre 2019. Les observateurs avisés redoutent d’un nouvel échec à venir de ces assises. Avec ce nouveau format de dialogue, les évaluateurs risque de passer à coté de l’essentiel, pour se focaliser plus à une seule question : « combien nous allons toucher à la fin des travaux»..

En effet, ces travaux devaient réunir des organisations représentatives fortes et indépendantes ayant la capacité technique et l’accès aux informations pertinentes pour participer à ce dialogue technique. Malheureusement, déjà dans la configuration des participants, un grand nombre sont des parachutés et intrus. Sur le banc gouvernemental, on retrouvera certes, des chauffeurs, des secrétaires, des huissiers et d’autres garçons de course qui n’ont ni compétence technique ni la maitrise de la matière. De même dans le banc syndical, une multitude des syndicats, certains nouvellement créés et d’autres avec des effectifs très gonflés (cas de SYNECAT- SYECO). Outre cette configuration déjà biaisée, il y a la question de division et fragmentation des syndicats mais aussi le jeu flou entre le gouvernement d’une part et Synecat-Syeco d’autre part.

L’une des principales causes de l’échec de ces négociations, reste la division et de la fragmentation des syndicats provenant de l’irresponsabilité des directions et du manque de scrupule de certaines personnes au sein du syndicat. Nombre de syndicats ont été artificiellement créés et se sont scindés en raison d’individus à la recherche de profits personnels de nature politique, sociale ou financière qui ont établi leur propre organisation en abusant du principe de pluralisme et en trompant les enseignants dans ce processus. Ils ont ainsi acquis le statut de dirigeant d’une organisation souvent une coquille vide dont les gouvernements profitent souvent pour satisfaire ses propres objectifs. Ces actes irresponsables remettent en cause la cohésion et la crédibilité de l’ensemble du mouvement et contribuent largement à la perte d’intérêt et de confiance vis-à-vis des syndicats de la part des enseignants.

La question de la matière à traiter nous paraît être une autre cause de l’échec. A proprement parlé, ce nouveau round des travaux entre le banc syndical et le gouvernement devait se focaliser à l’évaluation du protocole d’accord du 18 décembre 2019. En ce sens, le gouvernement aurait dû inviter exclusivement ceux ou celles qui avaient négociés au premier round, parce qu’ils maîtrisent les tenants et les aboutissants de la question, mais hélas !. En lisant simplement le terme de référence, il y a lieu de se poser des questions.. Comment peut-on passer à la seconde étape si les questions de la première étape ne sont pas vidées ?

On aurait pu sélectionner une dizaine de vrais experts entre les deux bancs et les laisser évaluer en une semaine le protocole d’accord du 18 décembre, voir ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait sur les six fondamentaux du protocole: la problématique des enseignants non payés, la question de la carrière des enseignants, la paie des enseignants, la problématique de la retraite, la question de la gratuité de l’éducation de base et évaluations certificatives, les contentieux et enfin, les autres matières examinées. La question de l’impact de la Covid-19 sur l’éducation devait s’ajouter à ces fondamentaux. A la fin, les experts pouvaient alors proposer au partenaire du gouvernement des pistes de solutions à court, moyen et long terme avec des résultats immédiats palpables, telle n’est pas la démarche..

Le gouvernement ayant compris ses faiblesse et déniché le talon d’Achille de ses partenaires (syndicats) exploitent ces divisions et ces rivalités et en tirent profit. Parfois il n’hésite pas à recourir à la subornation ou aux services de syndicats pour dribbler les enseignants de leurs revendications. L’union et la solidarité font la force. Cette vérité universelle ne s’applique pas seulement au mouvement syndical, mais aucune autre institution n’en dépend plus que les syndicats; personne n’en retire plus d’avantages que les travailleurs. La capacité des enseignants à négocier, promouvoir et défendre leurs droits et leurs conditions de vie et de travail dépend dans une large mesure des opportunités et de leur capacité à se rassembler. La division et l’éparpillement de cette force collective affaiblissent la position des syndicats vis-à-vis de l’Etat.

Il y a des signes qui ne trompent pas et les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est fort de ces observations que les doutes persistent et nous poussent à émettre des réserves sinon prédire l’échec sur ce nouveau round des travaux de Bibwa..

Jacques Taty Mwakupemba est un Doctorant en philosophie des sciences, chercheur en Épistémologie de la Culture à l’Université Catholique du Congo. Il est également enseignant de philosophie et mathématiques au Lycée Sainte Germaine de N’djili.

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